Mortalité des abeilles 2018: l'hécatombe

Disparition et Mortalité des abeilles en 2018 ?       - par Bernard NICOLLET, Abeille & Nature -


Date de révision: 21/06/2018

. La Mortalité des abeilles en 2018: un sujet piquant

2018: une année noire pour de nombreux apiculteurs qui découvrent un phénomène étrange de mortalité des abeilles sans trouver d'explication rationnelle. Un nombre impressionnant de colonies mortes dans les ruchers est à déplorer dans tous les départements de France sans exception.

Apis Mellifera Melifera
Abeille s'il te plaît... Reste parmi nous !

Cette mortalité touche aussi bien les apiculteurs amateurs que les professionnels. Pourtant, le premier constat laisse apparaitre que les cadres de réserves de nourriture sont encore bien garnis tant en miel que de pollen. Dans le fond des ruches, tout juste une poignée de cadavres d'abeilles jonche le plancher. Où sont donc passées les colonies si populeuses en sortie d'été ?
De là, toutes les théories feront leur apparition sur la toile. Ce n'est pas parce qu'un apiculteur isolé, n'aura pas été affecté que cela remette en cause cette hécatombe.

Pesticides ou pas pesticides ?

Si les pesticides sont hélas la cause essentielle de la mortalité des abeilles dans les zones de cultures céréalières, maraîchères, viticoles et arboricoles, que penser des zones de montagne jusque là épargnées ? Dans ces zones, effectivement, on ne peut pas incriminer ces pesticides pas plus indirectement que directement puisqu'ils en sont absents et pourtant, la mortalité des abeilles s'est faite ressentir au cours de cet hiver 2017-2018 de manière plus conséquente que les autres années.
Sans noircir le tableau, nous pouvons d'ores et déjà parler d'un taux supérieur à 60% de pertes pour l'ensemble des apiculteurs Français, ce qui est non seulement énorme mais catastrophique pour une filière déjà bien malmenée.

Comme beaucoup de mes amis apiculteurs, je suis personnellement touché avec la perte de plus de 320 colonies d'abeilles mais paradoxallement, seuls mes ruchers de montagne n'ont pas été affectés. Faudra-t-il donc que tous les apiculteurs se réfugient en montagne pour voir survivre leurs abeilles ?
Cela dit, comment se fait-il que bon nombre d'apiculteurs aient perdu leur abeilles en montagne, dans des zones hors traitements ?
Je vous propose d'étudier mon analyse afin de vous aider à comprendre ce mécanisme complexe et certainement multifactoriel.

. Une explication sur les taux élevés de mortalité

Le plus difficile pour un apiculteur, est d'admettre ou de reconnaître là où il pèche. Que diantre me chante-t-il là penserez-vous peut-être ? Cependant, alors que vous pratiquez depuis plusieurs années une apiculture apparemment saine, voilà que vous n'échappez pas à cette mortalité.
Et tandis que beaucoup se réfugieront derrière une agriculture assassine, tandis que pour d'autres ce seront les changements climatiques, les antennes relais ou d'autres causes, dans la réalité, la mortalité est essentiellement due à une convergence de plusieurs facteurs notamment liés à la conduite elle-même des colonies. Ensuite seulement, nous pourrons ajouter éventuellement les pesticides ou d'autres causes.

importations d'abeilles
l'importation d'abeilles...

En tout premier lieu, il nous faut admettre que les importations d'abeilles n'ont fait qu'apporter de multiples problèmes dans les apiers. Ce qui fausse bien souvent l'analyse, c'est que pour l'apiculteur de loisir qui a acheté ses essaims non pas par l'intermédiaire d'un importateur mais à un apiculteur voisin, lui laisse à penser que ses abeilles sont bien locales. Depuis les années 1970, il nous faut bien reconnaitre qu'on a laissé faire n'importe quoi en termes d'importations d'abeilles. Et puisqu'en France, on manque d'éleveurs d'abeilles, il est donc tout naturel d'acheter des abeilles dans les pays voisins et parfois même de bien plus loin. L'offre dans ce domaine ne manque pas.

. En quoi l'importation d'abeilles est-elle insidieuse ?

Si l'apiculteur assouvit sa soif de production de miel en ayant acheté des abeilles disponibles sur le marché, il faut comprendre que ces nouvelles colonies vont produire des mâles qui participeront à la fécondation des jeunes reines situées dans leur environnement. En se croisant avec nos espèces endémiques, il n'en faut pas plus pour dégénérer le patrimoine génétique d'abeilles ancestralement implantées depuis des milliers (millions) d'années.
Bien sûr, cela n'empêche personne de profiter des abeilles et de produire du miel, mais tout comme un cancer ronge petit à petit la personne atteinte quand celui-ci n'est pas traité radicalement, le mal est bien là, avec son travail de sape.

prédateur d'abeilles, le Varroa est un fléau qui décîme les colonies
Mortalité d'abeilles par le varroa...

C'est ainsi, qu'insidieusement dans les années 80, l'apiculture a été victime de l'invasion du varroa et de nombreuses maladies qui en découlent directement ou indirectement. D'autre part, les abeilles sont devenues de plus en plus nécessiteuses en termes de nourrissements et de traitements. Et Alors qu'une reine autrefois vivait allègrement 4 saisons, sa longévité s'est vue diminuer au point qu'au bout de deux saisons, l'apiculteur qui n'a pas procédé au remplacement de celles-ci, perd ses colonies.
Par conséquent, l'abeille existe toujours, c'est certain, mais elle est grandement fragilisée. A tel point que nous payons maintenant très chèrement le laxisme de l'apiculture française. Je vois d'ici une levée de boucliers d'apiculteurs qui vocifèreront "au scandale de tels propos" mais je les assume et soulève ce lièvre tout comme je l'ai fait il y a une quinzaine d'année quand j'ai mis mon cadre à jambage à la disposition du public apicole en dénonçant la rémanence des produits toxiques dans les cires des cadres. Remarquez, mieux vaut tard que jamais, mais il est si important de faire passer le message que je ne peux m'empêcher de prendre mon bâton de berger pour prêcher à qui veut l'entendre que c'est à la communauté apicole toute entière de réagir. Si nous poursuivons cette telle folie, l'abeille finira par disparaître et nos petits enfants ne deviendront plus des bergers des abeilles, mais des pilotes de drones !
Et alors que l'agriculture s'efforce sous la pression populaire de soigner son image de marque auprès des consommateurs, l'apiculteur quant à lui campe sur ses positions sentimentales, jugeant bonne sa conduite apicole. La Buckfast lui a tellement été recommandée qu'au fond, il a trouvé un certain intérêt à la conserver.
Quand ce n'est pas la Bucky, c'est la carnica ou l'italienne ou bien encore, vous savez cette abeille martienne qui produit mieux, qui est plus douce, qui est +++++ !

Les abeilles issues de près ou de loin de l'implantation humaine sont en grande partie responsables d'un affaiblissement du patrimoine génétique endémique, c'est un fait incontestable.
Ceci étant, cela a également impacté de manière directe le travail de l'apiculteur. Et alors que les papiculteurs se contentaient autrefois après la levée des hausses de couvrir la tête des ruches pour que les abeilles puissent bien hiverner, voilà que les nourrissements automnaux (quand ils ne sont pas hivernaux) ont fait leur apparition, puis, les traitements contre le Varroa et tout cela pour constater en février ou Mars, l'extinction d'un bon nombre de colonies dans les ruchers.

. A propos de l'Abeille Noire et la fragilité des non endémiques

Comme vous le savez, je suis un fidèle et farouche partisan défenseur de l'abeille noire, notre abeille ancestrale et endémique. Et bien sachez que depuis plusieurs années, je constate que la mortalité dans mes ruchers est toujours vérifiable sur les abeilles plus ou moins croisées ou hybrides. C'est ce qui me fait dire et écrire que ces abeilles là, sont beaucoup plus fragiles et sensibles que les noires endémiques.
Cette année 2018 démarre pour moi avec une mortalité intégrale de toutes mes colonies croisées. C'est donc une sélection qui s'opère naturellement.

Travail pré hivernal non fait: mortalités pendant l'hiver
L'hiver est là... trop tard pour intervenir

La plupart d'entre vous le savez maintenant, le 15 août dernier, ma Reine a connu un terrible accident de vie (AVC), ce qui a relégué mon travail au second plan. Rien ne pouvait concorder pour des coups de main proposés par de véritables amis apiculteurs qui se reconnaitront ici et que je remercie publiquement. Je pensais pouvoir dégager du temps avant l'arrivée de l'hiver pour enfin pouvoir faire le job, tout au moins l'essentiel. Malheureusement, l'hiver est arrivé à grands pas, et jamais je n'ai pu disposer de suffisamment de temps pour soigner mes fifilles et les préparer à l'hivernage.
Puisque vous êtes en train de lire cette page, je vous propose une explication sur chacune de ces tâches non accomplies et de leur impact sur la mortalité hivernale. Puissiez-vous en tirer une ou des leçons !

La préparation à l'hivernage: une obligation pour tout apiculteur

Depuis 3 années, je propose des stages de fin de saison pour tous les détenteurs de ruches. En effet, un certain nombre de tâches sont nécessairement obligatoires si on ne veut pas envoyer nos abeilles dans le mur. Comme vous pouvez le lire ici, je n'ai pas fait mon job (pas pu le faire), je le paye cash et ne suis pas épargné ! Cela renforce donc ma conviction de ce que j'enseigne en septembre depuis 4 saisons.
Avant même d'incriminer les agriculteurs et leurs pesticides, avant même d'incriminer les changements climatiques et tutti quanti, Vous devez comprendre que nous devons impérativement effectuer un certain nombre de tâches pré-hivernales. Le mois de septembre est toujours un mois chargé pour l'apiculteur alors que paradoxalement, il se remet généralement de sa saison et relâche sa vigilance. C'est souvent à l'arrivée du froid qu'il se pose des questions et découvre que ses abeilles sont dans le besoin. De là, il entre dans le n'importe quoi tardif, d'autant plus qu'il est souvent influencé par ce qui se dit sur la toile !
Je pense qu'il vous intéresse d'étudier ici ces différents facteurs. Votre propre réflexion sincère vous permettra de savoir là où vous auriez pu pécher

Tâches indispensables à la mise en hivernage

Je les cite ici dans l'ordre chronologique et non pas par ordre d'importance. Il ne s'agit pas là d'une prescription de travaux à accomplir d'office mais seulement à effectuer quand les abeilles en ont réellement besoin:

  • - Nourrissement entre la fin août et fin septembre
  • - Traitement du varroa
  • - Equilibrage des colonies (obligatoire)
  • - Partitionnement (obligatoire)
  • - Réduction des portes d'entrée (obligatoire)
  • - Inclinaison des ruches (obligatoire)
  • - Enfin, toutes ces tâches doivent impérativement être terminées au plus tard à la fin de la première semaine d'octobre
Venez apprendre comment...
Venez apprendre les bonnes pratiques

Vous trouverez les explications détaillées dans la 3ème édition de mon livre "Comment débuter en Apiculture ?", ouvrage qui n'est pas destiné aux seuls débutants mais à tout apiculteur en proie à la perte de ses abeilles.
Vous pouvez également vous inscrire à mon cours d'apiculture en ligne car il est actualisé et traite de ce sujet préoccupant.
Enfin, sachez que mon stage de septembre traite sans retenue des différentes tâches que nous avons à accomplir avant de prendre un repos bien mérité.

J'espère que ce billet vous aura été utile pour méditer sur le travail de fin de saison, car OUI, nous avons un gros boulot à accomplir. Sans cette attention particulière pour nos abeilles, il ne faut pas s'étonner de les perdre, surtout quand un hiver dur survient ou joue les prolongations.

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