Apiculture Écologique: Fondation d'une apiculture durable

Apiculture Écologique: Oui à une Apiculture Durable            - Par Bernard NICOLLET Apiculteur éleveur -

Date de dernière modification: 05/09/2018

. Apiculture Ecologique: Parler ou Agir ?

Définition d'une Apiculture Écologique"

L'apiculteur, dans le monde moderne, cherche à sensibiliser autour de lui, un public soucieux non seulement de la disparition programmée de l'abeille, mais également sensible à notre environnement et la biodiversité.
Apiculture écologique définition
Vous avez dit "Apiculture écologique ?"...
D'un autre côté, pour remplir ses barriques, il a besoin de faire couler le miel, car c'est essentiellement ce qui le préoccupe quand bien même quelques esprits soixante-huitards revendiquent d'abord le bien-être des abeilles avant la production de ce liquide d'or.

Au cours des années 1850-1950 (une longue période entrecoupée toutefois de 2 guerres mondiales) notre monde de passion a subi une révolution de l'apiculture qui, orientée production, a privilégié le coté pratique et vulgarisation. C'est ainsi que sont nées les ruches Langstroth, Dadant, Voirnot, De Layens pour ne citer que les meilleures.
Ne s'arrêtant pas là, de nouveaux modèles sont apparus, parfois farfelus et saugrenus, parfois basés sur une observation locale ou bien encore voulant faire autrement en adoptant des ruches des antipodes.
Avec le surf sur la grande vague de l'écologie, toutes les nouvelles venues depuis 1960 ont exploité le bon filon, prétendant que l'abeille était mieux dans son élément avec ce modèle de ruche comparativement aux ruches devenues ancestrales. Une panoplie d'arguments ne manquent pas, tous revendiquant une apiculture plus écologique ... Mais au fond... Qu'est-ce qu'une Apiculture Écologique ?
Pour ce qui me concerne, je ferai la réponse suivante:
C'est une apiculture qui se soucie en premier lieu du VRAI RESPECT des ABEILLES. et par extension qui respecte l'espèce dans sa biodiversité originelle bien avant la préoccupation de produire du miel,

L'Apiculture Ecologique et le Respect des espèces

L'amour des abeilles

L'apiculteur aime ses abeilles dans un sens large du terme. Pour certains, c'est leur seule source de revenu, c'est pourquoi on peut dire que c'est leur métier.
Pour d'autres, l'apiculture est un Loisir. Pratiquons-nous un loisir sans aimer ce que l'on fait ? (Pêche, Chasse, Couture, Voyages, Marche, Natation, foot etc. etc.)
Enfin, pour d'autres c'est un mélange des deux, c'est pourquoi on peut parler d'un "métier-passion".

Quel est le point commun de ces 3 catégories d'Apiculteurs ?
Tous 3 aiment les abeilles (sinon il ne feront pas de vieux os et s'en iront très rapidement voir ailleurs). Bon nombre d'apiculteurs, sont très proches de leurs abeilles. Vous les reconnaîtrez facilement car ils n'arrêtent pas ! Ce sont de vrais moulins à paroles, tous aussi passionnés les uns que les autres.

L'erreur apicole

Malheureusement, l'herbe étant toujours plus verte ailleurs, L'apiculture s'est dotée d'une arme redoutable: l'importation !

abeilles d'importation, une erreur magistrale
Elever des abeilles non ancestrales
c'est participer à leur importation !
Les moyens de communication aérienne vont amplifier et simplifier de manière considérable, les échanges de variétés ou d'espèces tant végétales qu'animales à l'échelle planétaire.
Pour le sujet qui me préoccupe, l'Abeille, c'est ainsi que nombre d'apiculteurs ont lorgné sur ce qui se faisait aux antipodes et puisque le "jus" coulait à flots et revendiquait des quotas jamais atteints chez nous, l'envie de faire du tonnage ne pouvait que susciter des ambitions.

En France, nous avons donc importé des abeilles-miracle sans nous soucier du drame qui allait suivre. Buckfast, Starline, carnica, Caucasienne Italienne etc. etc.,
Ce phénomène, en constante évolution hélas, permet d'ailleurs à plusieurs entreprises de vivre de ces importations. Quand bien même elles ne pratiquent pas ou plus l'importation, elles font commerce de l'élevage de ces espèces Allochtones et Exogènes, prétendant qu'elles ont été produites sur notre territoire, s'y sont bien acclimaté et produisent.
Pour d'autres, on réveille l'esprit du sacré ou du religieux dans le nommage que l'on donnera à la Buckfast en revendiquant provenir des souches ou descendantes "du frère Adam". J'ose penser que si le "frère Adam" avait eu conscience que son abeille envahirait de manière invasive notre abeille endémique au point de la détruire, il aurait renoncé... à moins que se substituant à Dieu, il se fît ou pris pour un dieu lui-même ?
Quoi qu'il en soit, son abeille coûte très cher à la véritable écologie des abeilles et des apiculteurs défendeurs des espèces endémiques, à cause de sa prolifération et destruction des sous-espèces locales endémiques. Puisque cette abeille avait été crée pour la production sur les cultures et que les cultures sont maintenant synonymes de mortalité, elle n'a plus raison d'être maintenue, d'autant plus qu'elle n'est pas plus douce qu'une vraie noire non croisée et surtout pas plus résistante (bien au contraire) que nos abeilles endémiques. Ce qu'il s'en dit, c'est maintenant du Pipeau (ou du Pipo le clown) quand il ne s'agit pas d'une tentative de justification auprès des néophytes.

Quel mal y-a-t-il à exploiter différentes sous-espèces d'abeilles ?

L'abeille c'est "de l'abeille" et bon nombre d'apiculteurs ne sont pas sensibilisés à l'enjeu ÉNORME que nous vivons actuellement.
En ayant recours à des abeilles non endémiques, les mâles issus de ces sous-espèces (provenant originellement de l'importation ou de son élevage), vont participer à la fécondation des jeunes reines ancestrales et endémiques. Ces accouplements provoquent immanquablement un métissage puisque la reine, pour être fécondée correctement ne peut l'être qu'en vol libre (bien qu'il existe des méthodes d'insémination mécanisées en apiculture pas naturelle). Génial ! proclameront dans leur jargon certains "scientifiques de l'inconscience" prétendant que ces croisements favoriseront un renfort du patrimoine génétique ! Dans un délire total, les apiculteurs "pro-non-endémiques" justifieront alors leur apiculture recourant à des abeilles martiennes, plus douces, plus productives, plus prolifiques... vous savez celles qui n'ont que des superlatifs.

Le triste résultat de cela, c'est l'arrivée de maladies contagieuses pour les cheptels d'abeilles (endémiques ou pas), c'est l'apparition du varroa ainsi que d'autres prédateurs, puis les maladies virales ou dues aux bactéries.
L'impact est tel que nous avons du avoir recours aux nourrissements et traitements en tous genres, mais bien pire encore et au-delà de tout entendement : l'extinction annoncée de notre abeille ancestrale, qui à force de croisements à répétitions dégénère..., dégénèrera et mourra si nous ne prenons pas conscience de cet enjeu.

Le principal argument colporté est bien souvent celui-ci: "L'abeille noire ? Pouhaaaa !!! C'est une abeille qui pique !" (l'abeille noire étant le surnom que nous avons donné à notre abeille endémique: Apis Mellifera Mellifera). Si cet argument convainc a lui-seul tout apiculteur en herbe, ou apiculteur non sensibilisé à l'enjeu, pourquoi dès lors se munir d'une panoplie scaphandre pour se protéger des piqûres alors qu'elle est sensée être douce et docile ?

Mon raisonnement pourrait s'arrêter là, mais...

Un environnement malmené

Alors bien entendu, on pourrait se contenter de brandir le spectre de la disparition des abeilles comme un phénomène lié directement aux Pesticides. Ce n'est pas faux et je ne conteste nullement ce problème. En tout premier lieu, je préfère d'abord balayer devant ma porte et regarder en quoi, nous apiculteurs, nous avons une "co-écoresponsabilité" de cette disparition de nos espèces.

Les agriculteurs eux, en attendant leur changement d'attitude envers les pesticides, ne déplaceront pas leurs champs, ne changeront pas leurs cultures, et si dans le passé, les cultures de Tournesols et Colza ont fait la richesse de bon nombre d'apiculteurs transhumants, c'est pure folie que de poursuivre une telle apiculture pour ensuite pleurer l'empoisonnement de son rucher...

Aujourd'hui, nous le savons bien: Les cultures sont pestiférées et placer nos abeilles dans l'espoir unique de produire du miel est vraiment suicidaire. C'est hélas à nous qu'il incombe de déplacer nos ruchers pour ne pas faire crever nos abeilles. Je sais c'est dur à entendre, mais c'est hélas ainsi et dans mon coup de gueule, je dirais bien que ces co----ds de Bruxelles et d'ailleurs, victimes des lobbyistes, non seulement tuent nos abeilles, mais participent de manière directe (par leurs autorisations) à l'empoisonnement des populations humaines à petit feu... interrogés plus tard, ils pourront toujours tenter de faire avaler la couleuvre qu'ils ne savaient pas... qu'ils manquaient d'informations... qu'ils ont été trompés... Cela n'inspire que le mépris n'est-ce pas ?

En attendant, que dire de notre pratique d'apiculture ? Ne vaudrait-elle pas mieux que ce que je viens de dire ? Et bien sachez que le fait d'acheter ou d'utiliser des Buckfast, tout comme d'autres espèces non endémiques ne vaut pas mieux car cela démontre clairement notre jemenfoutisme à l'égard de notre espèce ancestrale.

"Je n'ai pas trouvé d'éleveur d'abeille noire pour me vendre des reines ou des essaims..." Combien de fois ai-je entendu cette phrase pour justifier l'achat d'abeilles martiennes. C'est vrai, ce n'est pas facile, quand bien même depuis une petite dizaine d'années, des conservatoires d'abeille noire voient le jour en France mais manquent de soutien.
Le retour à l'abeille ancestrale est un enjeu Capital et quand je vois sur internet des vidéos d'apiculteurs qui nous parlent d'écologie alors qu'ils nous montrent généreusement de la Bucky, je suis plutôt du genre écœuré. Les réseaux asociaux me jugent comme un arnaqueur allant même dire "escroc", car je vends mes essaims bien au-delà d'un prix de marché, mais la faute à qui ? S'il était facile de conserver ses souches d'abeilles noires sans craindre ni redouter les croisements avec les abeilles du voisin, effectivement je passerais beaucoup moins de temps à sélectionner et à produire des essaims d'abeilles. Aujourd'hui, ce n'est pas un business que de vendre un essaim à 500€, dressé dans les règles de l'art de la division et non pas du collage avec introduction de reines déjà fécondées. En réalité, cela sert tout juste à payer temps et investissements avec un salaire de smicard (quand encore il reste quelque chose pour s'offrir un tel luxe).
Il est difficile aujourd'hui de gagner sa vie avec son métier passion d'apiculteur car nous sommes trop tributaires d'une Apiculture dite ou se revendiquant de l'écologie, mais qui au fond n'embrasse pas ses valeurs profondes et sensées.

Vous pensez peut-être en me lisant que oui... cela n'est peut-être valable que pour le professionnel ? Détrompez-vous bien ! Les apiculteurs de loisir sont environ 55000 contre moins d'un millier de pros. Or les apiculteurs de loisir sont répartis sur tout le territoire alors que les pros sont généralement concentrés sur des régions de transhumance. Un apiculteur de loisir qui dispose de 3 ou 4 ruches a donc dans ses colonies des mâles qui iront féconder les jeunes reines du voisin, ce qui participera grandement au brassage génétique du métissage, voire de l'hybridation. C'est donc une base, cette base qu'il faut renforcer en abeilles endémiques plutôt qu'en croisées portes et fenêtres ou racées issues de l'importation.

En Apiculture Bio ?


Un discours ou une moralisation sur l'Apiculture bio ou sur l'apiculture écologique aurait-il du sens alors qu'on se fiche de l'abeille endémique et de sa disparition ? C'est bien en effet, de cette sous-espèce dont il est question car, quant aux espèces d'importation, il est normal et logique qu'elles apportent et subissent leurs propres maux.

L'apiculture Bio hélas n'échappe pas à cette règle et est contrainte de "fermer les yeux" sinon aucun apiculteur ne "serait bio". C'est ainsi malheureusement et c'est pourquoi je suis tenté de prôner pour un retour à une apiculture "Naturelle", une apiculture qui soit VRAIMENT respectueuse des abeilles et non pas dans le fourretout du langage "écologie".

Un tout ou rien dictatorial ?

Il ne s'agit pas d'avoir une pensée ou volonté dictatoriale. Dans certaines régions de France, une autre variété d'abeilles avait son fief. Je veux parler de l'abeille Italienne sur une partie du littoral Niçois. En effet, Apis Mellifera Ligustica (abeille italienne) s'étendait sur l'ensemble de la péninsule italienne, jouxtant naturellement les régions frontalières française, suisse, et des pays des balkans. Naturellement, son développement était localisé et nullement invasif.
De manière toute aussi naturelle, l'abeille noire étendait son territoire géographique sur ces mêmes zones créant ainsi des métisses spécifiques. Il était impossible de maîtriser les croisements mais ces derniers restaient "géo localisés".
Les sous-espèces d'abeilles disposaient donc de leur propre territoire sur lequel chacune d'elles étaient parfaitement endémiques. Mais que dire d'une Ligustica en Bretagne ou dans le Nord ? Cela aurait-il du sens ? Oui seulement pour l'apiculteur irrespectueux de la vraie écologie. Est-ce votre cas ?

Je me défends d'être un moraliste, chacun jugera de son apiculture, mais il est temps d'entreprendre tout ce qu'il est en notre pouvoir de faire pour soutenir cette apiculture vraiment écologique.

Depuis plusieurs années, je m'efforce d'enseigner les bons fondements pour une apiculture écologique. Rejoignez-moi le temps d'un xeek-end pour un stage que vous ne regretterez pas, ou si vous ne pouvez vraiment pas vous déplacer, alors suivez mon cours par internet.

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